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"Sur les préjugés nationaux" de Oliver Goldsmith

"Sur les préjugés nationaux" de Oliver Goldsmith

Le poète, essayiste et dramaturge irlandais Oliver Goldsmith est surtout connu pour la pièce de bande dessinée "She Stoops to Conquer", le long poème "The Deserted Village" et le roman "The Vicar of Wakefield".

Dans son essai "Sur les préjugés nationaux" (publié pour la première fois dans la Magazine britannique en août 1760), Goldsmith affirme qu'il est possible d'aimer son propre pays "sans haïr les autochtones des autres pays". Comparez les idées de Goldsmith sur le patriotisme avec la définition élargie de Max Eastman dans "What Is Patriotism?" et avec la discussion d'Alexis de Tocqueville sur le patriotisme dans la démocratie en Amérique (1835).

Sur les préjugés nationaux

par Oliver Goldsmith

En tant que membre de cette tribu de mortels, qui passe la plus grande partie de son temps dans des tavernes, des cafés et d’autres lieux de villégiature, j’ai ainsi l’occasion d’observer une infinie variété de personnages qui, pour une personne de contemplation, est un divertissement bien plus élevé qu’une vue de toutes les curiosités de l’art ou de la nature. Dans l’un de ceux-ci, lors de mes dernières promenades, je suis tombé accidentellement en compagnie d’une demi-douzaine de messieurs, qui s’étaient livrés à une chaleureuse dispute au sujet d’une affaire politique; la décision dont ils partageaient également les sentiments, ils ont jugé bon de se référer à moi, ce qui m'a naturellement amené à prendre part à la conversation.

Parmi une multitude d'autres sujets, nous avons eu l'occasion de parler des différents personnages des différentes nations de l'Europe; quand l'un des gentilshommes, armant son chapeau et prenant un air si important comme s'il avait possédé tout le mérite de la nation anglaise en sa personne, déclara que les Hollandais étaient un lot de misérables avares; les Français un ensemble de sycophants flatteurs; que les Allemands étaient des idiots ivres et des gloutons bêtes; et les Espagnols fiers, hautains et hargneux; mais que dans la bravoure, la générosité, la clémence et dans toute autre vertu, les Anglais ont excellé tout le monde.

Cette remarque très savante et judicieuse a été accueillie avec un sourire général d’approbation par toute la compagnie - toute, je veux dire, sauf votre humble serviteur; qui, essayant de garder ma gravité aussi bien que je pouvais, j’ai incliné ma tête sur mon bras, a continué pendant un certain temps dans une posture de réflexion affectée, comme si j’avais songé à autre chose, et ne semblais pas assister à la sujet de conversation; en espérant, par ces moyens, éviter la nécessité déplaisante de m'expliquer et priver ainsi les messieurs de son bonheur imaginaire.

Mais mon pseudo-patriote n'avait aucune intention de me laisser échapper si facilement. Pas convaincu que son opinion soit acceptée sans contradiction, il était résolu à la faire ratifier par le suffrage de chacun dans l'entreprise; c'est pourquoi il s'adressa à moi avec un air de confiance inexprimable. Il me demanda si je n'étais pas dans le même état d'esprit. Comme je ne donne jamais mon avis en avant, surtout quand j’ai des raisons de croire que cela ne sera pas agréable; aussi, quand je suis obligé de le donner, je le tiens toujours pour une maxime exprimant mes vrais sentiments. Je lui ai donc dit que, pour ma part, je n’aurais pas osé parler avec une tension aussi péremptoire si je n’avais pas fait le tour de l’Europe et examiné les mœurs de ces différentes nations avec beaucoup de soin et d’exactitude: , un juge plus impartial ne manquerait pas d’affirmer que les Hollandais étaient plus frugaux et plus travailleurs, les Français plus tempérés et polis, les Allemands plus robustes et patients, et les Espagnols plus fermes et plus calmes que les Anglais; qui, bien que sans aucun doute courageux et généreux, étaient à la fois téméraires, entêtés et impétueux; trop susceptibles d'être ravis de prospérité et de se décourager dans l'adversité.

Je pouvais facilement m'apercevoir que toute la société commençait à me regarder d'un œil jaloux avant d'avoir terminé ma réponse, ce que je n'avais pas encore fait, que le gentleman patriotique remarqua, avec un rictus méprisant, qu'il était très surpris pouvaient avoir la conscience de vivre dans un pays qu'ils n'aimaient pas et de bénéficier de la protection d'un gouvernement auquel ils étaient invétérés dans leur cœur. Constatant que par cette modeste déclaration de mes sentiments, j'avais perdu la bonne opinion de mes compagnons et leur donnais l'occasion de rappeler mes principes politiques en question, sachant bien qu'il était vain de discuter avec des hommes si pleins de eux-mêmes, j’ai jeté mon compte et me suis retiré dans mon propre logement, réfléchissant à la nature absurde et ridicule du préjugé et de la préoccupation nationaux.

Philosophes de l'Antiquité

Parmi toutes les paroles célèbres de l'Antiquité, aucune ne fait plus honneur à l'auteur, ni n'apporte plus de plaisir au lecteur (du moins s'il est un homme de cœur généreux et bienveillant) que celui du philosophe qui, étant demandé quel «paysan il était», il a répondu qu’il était citoyen du monde. Combien il y en a peu dans les temps modernes qui puissent dire la même chose ou dont la conduite est compatible avec une telle profession! Nous sommes devenus si nombreux Anglais, Français, Hollandais, Espagnols ou Allemands que nous ne sommes plus citoyens du monde. tellement les natifs d'un endroit particulier, ou les membres d'une société petite, que nous ne nous considérons plus comme les habitants généraux du globe, ou les membres de cette grande société qui comprend le genre humain entier.

Ces préjugés ne prévalaient-ils que parmi les personnes les plus basses et les plus basses, on pourrait peut-être les excuser, car elles n’ont que peu, voire aucune, occasion de les corriger en lisant, en voyageant ou en conversant avec des étrangers; mais le malheur est qu'ils infectent les esprits et influencent même la conduite de nos messieurs; je veux dire de ceux qui n’ont aucun titre sur cette appellation, mais une exception de préjudice qui, à mon avis, doit cependant être considérée comme la marque caractéristique d’un gentleman: car la naissance d’un homme est toujours aussi haute, son station si exaltée, ou sa fortune si grande, et pourtant, s’il n’est pas exempt de préjugés nationaux et autres, je voudrais lui dire avec audace qu’il avait un esprit vulgaire et vulgaire et qu’il n’avait pas le droit de prétendre au caractère de un gentleman. Et en fait, vous constaterez toujours que ce sont ceux qui se vantent le mieux du mérite national, sur lesquels on ne peut compter que sur peu de mérite, sur lesquels rien n’est plus naturel, c’est-à-dire que la mince branche de vigne tourne autour de la chêne robuste pour aucune autre raison dans le monde, mais parce qu'il n'a pas la force suffisante pour se soutenir.

Si on devait prétendre, en défense du préjugé national, que c’est la croissance naturelle et nécessaire de l’amour pour notre pays et que, par conséquent, le premier ne peut être détruit sans blesser le second, je réponds qu’il s’agit là d’une erreur grossière et d’une illusion. Je permettrai que c’est la croissance de l’amour de notre pays; mais je nie absolument qu'il en soit la croissance naturelle et nécessaire. La superstition et l’enthousiasme sont aussi le développement de la religion; mais qui a-t-il jamais pris la tête d'affirmer qu'ils sont la croissance nécessaire de ce noble principe? Ils sont, si vous voulez, les bâtards bâtards de cette plante céleste; mais pas ses branches naturelles et authentiques, et peut être enlevé sans danger, sans causer de préjudice au stock parent; peut-être, jusqu’à ce qu’ils soient coupés, ce bel arbre ne pourra jamais prospérer en parfaite santé et vigueur.

Citoyen du monde

N'est-il pas très possible que j'aime mon pays sans haïr les autochtones d'autres pays? que je puisse exercer le courage le plus héroïque, la résolution la plus intrépide, en défendant ses lois et sa liberté, sans mépriser tout le reste du monde en tant que lâches et poltrons? Certainement, c’est le cas: et si ce n’était pas - Mais pourquoi ai-je besoin de ce qu’est absolument impossible? - mais si ce n’était pas, je devrais le reconnaître, je préférerais le titre de l’ancien philosophe, à savoir citoyen de la République. monde, à celui d'un Anglais, d'un Français, d'un Européen ou de toute autre appellation.

Ces préjugés ne prévalaient-ils que parmi les personnes les plus basses et les plus basses, on pourrait peut-être les excuser, car elles n’ont que peu, voire aucune, occasion de les corriger en lisant, en voyageant ou en conversant avec des étrangers; mais le malheur est qu'ils infectent les esprits et influencent même la conduite de nos messieurs; je veux dire de ceux qui n’ont aucun titre sur cette appellation, mais une exception de préjudice qui, à mon avis, doit cependant être considérée comme la marque caractéristique d’un gentleman: car la naissance d’un homme est toujours aussi haute, son station si exaltée, ou sa fortune si grande, et pourtant, s’il n’est pas exempt de préjugés nationaux et autres, je voudrais lui dire avec audace qu’il avait un esprit vulgaire et vulgaire et qu’il n’avait pas le droit de prétendre au caractère de un gentleman. Et en fait, vous constaterez toujours que ce sont ceux qui se vantent le mieux du mérite national, sur lesquels on ne peut compter que sur peu de mérite, sur lesquels rien n’est plus naturel, c’est-à-dire que la mince branche de vigne tourne autour de la chêne robuste pour aucune autre raison dans le monde, mais parce qu'il n'a pas la force suffisante pour se soutenir.

Si on devait prétendre, en défense du préjugé national, que c’est la croissance naturelle et nécessaire de l’amour pour notre pays et que, par conséquent, le premier ne peut être détruit sans blesser le second, je réponds qu’il s’agit là d’une erreur grossière et d’une illusion. Je permettrai que c’est la croissance de l’amour de notre pays; mais je nie absolument qu'il en soit la croissance naturelle et nécessaire. La superstition et l’enthousiasme sont aussi le développement de la religion; mais qui a-t-il jamais pris la tête d'affirmer qu'ils sont la croissance nécessaire de ce noble principe? Ils sont, si vous voulez, les bâtards bâtards de cette plante céleste; mais pas ses branches naturelles et authentiques, et peut être enlevé sans danger, sans causer de préjudice au stock parent; peut-être, jusqu’à ce qu’ils soient coupés, ce bel arbre ne pourra jamais prospérer en parfaite santé et vigueur.

N'est-il pas très possible que j'aime mon pays sans haïr les autochtones d'autres pays? que je puisse exercer le courage le plus héroïque, la résolution la plus intrépide, en défendant ses lois et sa liberté, sans mépriser tout le reste du monde en tant que lâches et poltrons? Certainement, c’est le cas: et si ce n’était pas le cas-Mais pourquoi aurais-je besoin de ce qui est absolument impossible? -Mais si c’était le cas, je préférerais le titre de l’ancien philosophe, à savoir citoyen du monde, à celle d'un Anglais, d'un Français, d'un Européen ou de toute autre appellation.